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17/7/2019
HomeAction publique - Finances publiquesPascal Forcioli, directeur du centre hospitalier de Bastia : « En 2019, nous visons la poursuite du redressement »

Pascal Forcioli, directeur du centre hospitalier de Bastia : « En 2019, nous visons la poursuite du redressement »

Les comptes financiers 2018 du Centre hospitalier de Bastia viennent d’être clôturés. Quel bilan faites-vous de l’année écoulée ?

Pascal Forcioli : Le résultat comptable 2018 du budget sanitaire reste déficitaire à hauteur de 4,6 millions d’euros, avec une diminution des aides de l’Etat de 3,5 M€ par rapport à 2017. Le déficit structurel approche lui les 15 millions d’euros, compte tenu des aides de l’Etat versées en soutien de la trésorerie. Soit 10 % des dépenses, ce qui est évidemment préoccupant.

Le déficit comptable cumulé s’élève à 58 millions d’euros. Ce déficit cumulé pèse bien sûr sur la trésorerie courante de l’établissement, l’allongement des délais de règlement des fournisseurs et débouche sur une capacité d’autofinancement négative qui signifie que nous n’avons pas les ressources pour investir. Sauf à continuer à s’endetter (mais peu de banques nous prêtent) ou à obtenir des aides auprès de l’Etat comme cela a été le cas pour le nouveau bloc opératoire.

La CGT soulignait récemment le coût du recours à l’intérim, 12 millions d’euros pour 22 postes de praticiens. Confirmez-vous ce chiffre ? A quoi est-il dû ?

Pascal Forcioli : Il faut distinguer le coût du remplacement du personnel médical de celui du personnel non médical. Les dépenses d’intérim médical s’élèvent à 5,8 millions d’euros, et non pas à 12. Ces dépenses dont parle la CGT concernent des remplacements de personnels médicaux que nous sommes obligés de faire pour maintenir la permanence des soins, soit pour pallier à l’absentéisme maladie ou maternité des médecins en poste, soit pour pourvoir des postes vacants dans des spécialités comme l’anesthésie, la réanimation, la radiologie.

On dénombre sur l’année 2018 l’équivalent de 138 personnels temps plein en absence de plus d’un mois

Pour être complet sur le coût des remplacements, il faut ajouter que l’absentéisme du personnel non médical représente un coût budgétaire également important, puisqu’on dénombre sur l’année 2018 l’équivalent de 138 personnels temps plein en absence de plus d’un mois que l’on remplace par des agents en CDD ou CDI. Ces remplacements représentent une dépense de 5,5 millions d’euros.

Toujours selon ce syndicat, certains services ne fonctionnent pas correctement, non par faute de patients, mais par manque de moyens humains. Partagez-vous cette analyse ?

Pascal Forcioli : Je ne partage pas ce point de vue. Les effectifs des services de soins et médicotechniques respectent les maquettes organisationnelles qui ont été élaborées avec l’encadrement et ils tiennent compte de l’activité. Ponctuellement, il peut y avoir des tensions sur certaines équipes du fait de l’absentéisme. Mais nous remplaçons presque toutes les absences de plus d’un mois. Par contre l’absentéisme de courte durée peut être désorganisateur pour une équipe bien que les effectifs socles des unités soient calculés en prenant en compte cette dimension.

En tout cas je peux dire qu’à chaque fois que les partenaires sociaux (quel que soit le syndicat) nous ont signalé des tensions dans les équipes, nous avons ajusté les effectifs quand c’est nécessaire car nous sommes toujours attentifs aux besoins. Bien sûr cela ne se fait pas à guichet ouvert, car compte tenu de notre déficit nous devons en même temps tenir un objectif de maîtrise de la masse salariale. Et le moins qu’on puisse dire est que cet objectif n’a pas été tenu comme nous l’aurions voulu, du fait de la montée de l’absentéisme.

Dans son dernier rapport, la Chambre régionale des comptes de Corse formulait plusieurs recommandations pour la gestion du centre hospitalier : production d’indicateurs de pilotage, réorganisation cohérente des différentes phases de la procédure de codage, optimisation de la facturation et du recouvrement, rationalisation des procédures d’achats, etc. Avez-vous pu les mettre en place ?

Pascal Forcioli : Nous avons amélioré considérablement nos outils de suivi budgétaire, de contrôle de gestion et de comptabilité analytique avec des tableaux de bord et de pilotage mensuels. Nous avons aussi beaucoup amélioré le codage des activités en recourant même à des outils très innovants basés sur l’intelligence artificielle. La facturation est aussi améliorée, de même que le recouvrement avec le Trésor public.

Les procédures d’achats sont également rationalisées. Nous avons un plan d’action achat territorial au niveau du groupement hospitalier de territoire qui intègre aussi les hôpitaux de Corte-Tattone et Calvi-Balagne. Nous coordonnons presque tous les groupements d’achats régionaux hospitaliers, dont un entièrement consacré aux produits de santé, médicaments et dispositifs médicaux. Notre politique d’achat produit chaque année des économies substantielles qui sont conformes à nos objectifs prévisionnels fixés avec l’agence régionale de santé de Corse.

Les travaux nécessaires à la mise en service du nouveau bloc opératoire, le 6 mai dernier, ont été financés à 100 % par l’Etat. Au-delà de cet accompagnement à l’investissement, la ministre de la Santé indiquait récemment que les établissements de santé corses ont bénéficié en 2017 de près de 40 millions d’euros d’aides exceptionnelles en trésorerie. La viabilité économique du centre hospitalier de Bastia est-elle forcément conditionnée par le soutien de l’Etat ?

Pascal Forcioli : L’aide de l’Etat est indispensable actuellement. Sans cette aide, la situation de trésorerie serait encore plus difficile et le déficit plus ample. Mais il faut savoir que l’aide nationale diminue de 25% par an. Ainsi elle est passé de 14 millions d’euros en 2017 à 10,5 en 2018 et 7,875 en 2019. La diminution de l’aide est malheureusement plus rapide que la progression des économies et l’augmentation des recettes. Ce qui crée un effet ciseau délicat.

Pour bien faire, il faudrait sortir du modèle de la tarification à l’activité (T2A) et repenser le modèle de financement des établissements de santé publics comme privés qui, en Corse, sont handicapés par des surcoûts insulaires et surtout par une activité limitée par la démographie insulaire. Il peut y avoir une opportunité sur ce sujet dans le cadre de la réforme du financement du système de santé dans les suites du rapport Aubert, s’l y a une volonté politique nationale pour des adaptations à la Corse.

En matière de gestion budgétaire, quels sont vos principaux objectifs pour 2019, et pour les années à venir ?

Pascal Forcioli : Pour 2019 les objectifs financiers visent la poursuite du redressement avec :

  • une décélération de la masse salariale (actuellement de l’ordre de +1% sur le 1er quadrimestre) ;
  • une diminution de l’intérim médical (pas encore atteint) ;
  • la poursuite de l’optimisation des achats (politique en cours) ;
  • une progression continue de l’activité (de l’ordre de 2% au 1er quadrimestre).

Ces objectifs s’inscrivent dans notre plan performance 2019-2023 qui doit maintenant être retravaillé avec l’agence régionale de santé pour une nouvelle présentation au ministère en octobre-novembre prochain. Le dernier plan d’action présenté en décembre dernier n’a pas été validé car le ministère a considéré que ses prévisions d’économies et de recettes n’étaient pas suffisamment sécurisées et le taux de marge brute demandé non atteint en 2022. Nous avons donc à « rebalayer » le plan d’action en voyant comment, de manière réaliste et raisonnable, le centre hospitalier de Bastia peut améliorer son redressement à moyen terme :

  • en répondant à sa mission de soins de recours territorial (voire régional) ;
  • en optimisant davantage ses ressources ;
  • tout en poursuivant un triple objectif de développement des activités, de réduction des durées de séjour et d’augmentation de la part de l’ambulatoire.

Rien d’impossible, mais c’est un chemin de crête difficile quand même.

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