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16/12/2017
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Interview de Valérie Lust Serpaggi, chef de projet Open Data à la Collectivité territoriale de Corse

La Collectivité Territoriale de Corse organise un séminaire Opendata Corsica les 7 et 8 septembre 2017 à Ajaccio. Cette rencontre permettra de présenter l’avancée du projet Opendata Corsica et de le mettre en perspective au regard de la loi numérique et des projets menés par l’ensemble des partenaires d’ODF dans leurs territoires. La manifestation s’adresse également à toutes les collectivités insulaires et les acteurs du développement insulaire. Valérie Lust Serpaggi, chargée de mission à Collectivité Territoriale de Corse et chef de projet Développement Numérique – Open data, répond à nos questions.

 

Nuvalinu : Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de votre rôle au sein de la Collectivité territoriale de Corse ? 

Valérie LUST  SERPAGGI: Je suis titulaire d’une maîtrise d’informatique appliquée à la gestion (MIAGE) de l’IUP de Nice et d’un master 2 Management des entreprises de l’IAE de Corse. J’ai travaillé dans différentes entreprises à Ajaccio puis à Paris, J’ai intégré la MiTIC (Mission des technologies de l’Information de la Corse) en 2004 qui a par la suite évoluée pour devenir la Direction de l’aménagement numérique actuelle de la Collectivité territoriale de Corse (CTC). J’occupe un poste de chef de projet, et j’interviens dans les domaines du Web et de l’ouverture des données publiques dans le cadre d’appels à projets financés par l’Europe (FEDER) et de la mise en œuvre de la politique de l’aménagement numérique du territoire.

Nuvalinu : Le renforcement de la démarche OpenData Corsica est inscrit dans les grandes orientations du Riacquisitu Economicu è Suciale (Schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation – SRDE2I), véritable document stratégique pour la Corse. En quoi le développement de l’open data est-il essentiel pour la Corse ?

Valérie LUST  SERPAGGI: L’open data représente un véritable enjeu pour les collectivités et pour la Corse. Le premier enjeu est celui de créer une nouvelle culture de la donnée et de son partage dans nos collectivités, ceci afin que la données publiques devienne un « bien commun immatériel ». Le second enjeu s’attache à la transparence de l’action publique et à l’idée qu’une collectivité doit être une « maison de cristal » pour ses administrés (cela sera d’autant plus important avec la mise en place de la future collectivité unique). Le troisième enjeu concerne l’efficience et l’innovation de l’action publique par le moyen qui est donné à la société civile d’enrichir les analyses, les points de vue, de rendre de nouveaux services disponibles. Le dernier enjeu consiste à ouvrir la voie à de nouveaux processus de gouvernance de l’action publique et à des formes de démocratie ouverte. Ainsi l’open data constitue un catalyseur d’initiatives et d’innovation (raison de sa présence au sein du SRDE2I) pour l’ensemble des acteurs du développement de la Corse qu’ils soient publics ou privés, associatifs, ou simple citoyen.

Nuvalinu : Un séminaire OpenData Corsica se tiendra les 7 et 8 septembre 2017 à Ajaccio. Qu’attendez vous d’un tel événement, de portée nationale ? 

Valérie LUST  SERPAGGI : Le séminaire OpenData Corsica sera l’occasion de donner un éclairage sur les enjeux de l’open data au niveau de la Corse bien sûr mais aussi à l’échelle nationale. D’autant que depuis la Loi Numérique d’octobre 2016, l’ouverture des données publiques est devenu une obligation pour toute collectivité de plus de 3500 habitants. Nous avons la volonté à travers le séminaire, qui se nourrira des expériences menées au niveau national à l’initiative d’associations comme OpenData France ou d’élus, ou d’entreprises comme OpendataSoft, de susciter au sein de nos collectivités une prise de conscience des bénéfices que nous pouvons tirer de l’ouverture des données et du parcours que nous devons élaborer ensemble pour réussir. Ce séminaire nous l’espérons permettra d’amplifier et de renforcer la démarche OpenData Corsica de la Collectivité territoriale de Corse notamment au regard de la mise en place de la future collectivité de Corse.

Nous voulons ancrer dans nos collectivités une véritable culture de la donnée publique ouverte.

Nuvalinu : La décision de l’Assemblée de Corse qui a lancé en 2013 la démarche OpenData Corsica prévoyait un élargissement progressif à l’ensemble des données publiques disponibles en Corse. Avez-vous réussi à obtenir toutes les données que vous souhaitiez ? Quels sont les principaux obstacles rencontrés ?

Valérie LUST  SERPAGGI : Notre démarche d’ouverture des données publiques OpenData Corsica affiche de fortes ambitions. Elle veut créer un mouvement généralisé d’ouverture des données publiques en Corse sur la base d’une démarche collective associant l’ensemble des acteurs publics en Corse. Evidemment nous avons dans un premier temps voulu construire un corpus de données, socle de la démarche, à partir d’un recueil auprès des directions, agences et offices de la CTC. Ainsi  nous sommes passé d’une centaine de jeux de données à plus de deux cents. Chemin faisant nous avons pris conscience que l’ouverture des données n’est pas aussi facilement admise par les producteurs de données, qui considère souvent celles-ci comme leur «  bébé ». Elle suscite de nombreuses questions notamment relatives aux interprétations possibles, aux droits de diffusion, aux données personnelles…. Il faut beaucoup expliquer pour convaincre. Il faut aussi une vraie volonté politique pour réussir. Notre rôle est d’informer, d’accompagner, d’assister les collectivités insulaires. Nous voulons ancrer dans nos collectivités une véritable culture de la donnée publique ouverte.

Nuvalinu : Pensez-vous que les différents acteurs de l’île ont suffisamment pris conscience de la valeur de l’open data comme source de nouveaux services ? 

Valérie LUST  SERPAGGI : Nous prenons conscience à mesure de l’avancement du projet que la démarche d’acculturation et d’accompagnement à l’ouverture de la donnée publique est cruciale. La réussite de projet est conditionnée à plusieurs niveaux d’adhésion : de l’élu, au directeur général, en passant par les responsables intermédiaires, jusqu’au producteur de la donnée. Plus nous expliquons plus nous accompagnons, plus nous communiquons, plus nous observons que l’adhésion au projet se renforce. Toutefois, nous devons encore amplifier la démarche pour qu’un vrai basculement se produise.

Nuvalinu : Pouvez-vous enfin nous citer un ou plusieurs exemple(s) de réutilisation des données que
vous jugez particulièrement réussi(s) ?

Valérie LUST  SERPAGGI : Tout d’abord il convient de citer le projet HOMER « Harmonising Open data in the Mediterranean through better access and reuse of Public Sector Information » auquel la Collectivité territoriale de Corse a participé au niveau international de 2012 à 2014. 19 partenaires du bassin méditerranéen dont la Corse, représentant 8 pays, ont participé à ce projet de mutualisation des données portant sur la définition des spécifications techniques nécessaires à la mise en œuvre d’un moteur de recherche fédéré et permettre l’interopérabilité des données.

Au titre de ce projet des hackatons ont été organisés simultanément dans chaque pays en mai 2014 à partir des données mises à disposition par l’ensemble des partenaires. Un hackaton a ainsi eu lieu à Ajaccio auquel ont participé les étudiants de l’université de Corse, du BTS informatique du lycée Laetitia Bonaparte d’Ajaccio et une entreprise. Il s’agissait du 1er hackathon organisé en Corse qui nous a offert de nombreux scénarios de réutilisation possible des données (comparateur de prix et calcul du coût de la consommation de carburant, géolocalisation de points d’intérêts, gestion des déchets et géolocalisation des décharges publiques et sauvages, calcul de la consommation d’eau et traduction en nombre de verres, bains, piscines, ….).

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