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24/4/2018
HomeBanque - FinanceEmmanuel Marti : « Equì est un service de règlement moderne destiné à promouvoir une consommation locale et plus durable »

Emmanuel Marti : « Equì est un service de règlement moderne destiné à promouvoir une consommation locale et plus durable »

Proposer un système de paiement qui favorise l’économie corse tout en mettant à disposition des consommateurs une sélection de commerçants basée sur la qualité de leur offre, voilà l’ambition de l’entreprise innovante Equì. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce projet arrive au bon moment : le schéma régional pour le développement économique, l’innovation et l’internationalisation (SRDE2I), voté par l’Assemblée de Corse, fait en effet du renforcement des circuits courts, et du développement de startups dans le domaine financier des priorités pour la Corse dans les années à venir. Emmanuel Marti, président d’Equì, répond aux questions de Nuvalinu.

Nuvalinu : Pouvez-vous tout d’abord nous présenter Equi ? Comment avez-vous eu cette idée, quel est est le concept ?

Emmanuel Marti : Equì est un service de règlement moderne destiné à promouvoir une consommation locale et plus durable. Nous sélectionnons pour l’utilisateur un réseau de commerçants, de producteurs et d’indépendants s’engageant à respecter une charte éthique, à savoir :

  • promouvoir les commerces de proximité et les circuits courts
  • défendre la culture et la langue corse
  • s’engager pour une économie plus respectueuse de l’environnement

Nous nous sommes engagés fin 2015 sur ce projet suite à deux constats. Premièrement, nous connaissons en Corse, comme ailleurs dans le monde, une uniformisation de l’offre commerciale. Franchises, grandes enseignes, centre commerciaux fleurissent dans les centres villes et les zones d’activités situées en périphérie. En Corse ce phénomène est d’autant plus marquant que nous avions un « retard » qui s’est comblé en quelques années seulement. L’exemple le plus marquant est la construction, en ce moment même, de deux hypermarchés à l’entrée d’Ajaccio. Ceci est à contre courant de ce qui se passe sur le continent, où l’on peut observer des fermetures de centre commerciaux aux profits de commerces de proximités.

Le marché ne laisse plus la place à un positionnement commercial « entre-deux »

En parallèle, nous avons pu observer ces dernières années l’émergence d’une dynamique encourageante sur l’ensemble du territoire. De l’installation de jeunes agriculteurs en Bio jusqu’à la création de produits innovants en passant par un renouveau et une montée en gamme des commerces de proximités.
Cette situation paradoxale fait suite à la crise de la fin des années 2000 : le marché se sépare nettement en deux et ne laisse plus la place à un positionnement commercial « entre-deux ». Beaucoup de commerçants n’ont pas réussi à se repositionner assez rapidement et ont mis la clé sous la porte car ils ne correspondaient plus aux attentes du marché local. L’économie corse cherche des solutions et cela passera par le commerce de proximité, les produits qualitatifs, la protection de nos savoirs-faire et la volonté d’innover. Avec Equì nous essayons de mettre en avant ceux qui s’engagent sur cette voie.

Nuvalinu : Quel est votre modèle économique ?

Emmanuel Marti : Notre modèle économique est assez simple. Nous voulons être le plus léger pour les professionnels du réseau. Pas d’abonnement, pas de ticket d’entrée, pas de frais fixes, pas d’appareils sophistiqués à louer ! Nous prélevons une commission de 1% sur les achats réalisés avec notre service, à la charge de celui qui encaisse via son smartphone. Si on ne vend rien avec Equì, on ne paie rien.

Quand vous chargez votre compte Equì, votre versement est majoré de de 5%. Vous déposez 100 € et on vous crédite de 105 € à dépenser dans l’ensemble du réseau.

Afin d’inciter l’effet de réseau nécessaire à un tel système nous avons mis un bonus à l’entrée et une barrière à la sortie. Ainsi, en tant que particulier, quand vous chargez votre compte Equì, votre versement est majoré de de 5%. Si vous déposez 100 € on vous crédite de 105 € à dépenser dans l’ensemble du réseau. En tant que professionnel, si vous dépensez dans le réseau vous gardez ce pouvoir d’achat supplémentaire, par contre si vous désirez sortir une partie de votre solde sur votre compte bancaire professionnel, là nous récupérons 5%, uniquement sur ce qui sort, afin de garder un équilibre à l’entrée et à la sortie du réseau. Le but est d’inciter les professionnels à réinvestir dans le réseau.

Nuvalinu :  Que pensez-vous de la monnaie locale complémentaire I Soldi Corsi, annoncée en décembre 2016. Prévoyez-vous une compatibilité avec cette monnaie, ou s’agit-il au contraire d’un « concurrent » pour Equi ?

Emmanuel Marti : Equì fait partie du dispositif des monnaies locales complémentaires et notre service répond donc aux critères mis en place par l’ACPR (l’organe de contrôle de la Banque de France). Pourtant nous ne communiquons pas spécialement sur le terme « monnaie locale » et ce pour plusieurs raisons. La principale, c’est que la législation française n’autorise la circulation d’aucune autre monnaie en France que l’Euro. Ce que l’on appelle « monnaie locale » est en fait un « euro » rebaptisé et n’a aucun attribut d’une « monnaie ». Ce qui est important ici c’est l’outil mis à disposition, et la force de cet outil c’est la mise en réseau de différents acteurs qui se rassemblent autour de valeurs communes. Le but de notre démarche c’est que l’utilisateur puisse régler avec notre service dans des commerces locaux en ayant la garantie que le commerçant redépense son argent dans l’économie locale. C’est une sorte de pacte entre tous les membres.

En ce qui concerne la seconde monnaie locale, les Soldi Corsi, pour le moment aucun partenariat n’est à l’ordre du jour. Nous verrons si et quand ce dispositif sort, quelles sont les garanties qu’a le consommateur sur l’impact de son achat dans l’économie locale. Pour le moment nous n’avons que très peu d’informations.

Nuvalinu :  Vous indiquez jouer le rôle d’un véritable « label de qualité et d’insularité ». Pouvez-vous nous en dire plus sur les critères de sélection des entreprises qui font partie de votre réseau ?

Emmanuel Marti : C’est assez compliqué d’utiliser le mot label dans notre cas, mais c’est le mot le plus proche que nous ayons trouvé. Equì se positionne un peu différemment d’une labellisation classique. Nous recherchons plutôt un engagement chez les professionnels que nous rencontrons, et non pas des normes supplémentaires à leurs rajouter. Un label, selon le point de vue que l’on prend n’offre pas forcément ce que le consommateur attend. Je prends un exemple précis. Le label AB est délivré aux agriculteurs respectant un cahier des charges strict : si vous répondez à ces critères, vous êtes labellisé. Aujourd’hui vous pouvez acheter des pommes Bio produites de façon industrielle en provenance d’Argentine, mais est-ce que cela répond à vos attentes en tant que consommateur ? Avec Equì vous pourrez acheter des fruits et légumes de saison, issus d’une agriculture raisonnée et cultivés en Corse. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de Bio, mais ce n’est plus le critère central. Derrière il y a des hommes et des femmes et c’est en s’intéressant à eux que nous comprenons leurs produits.

Pour le moment nous rencontrons nous mêmes les membres du réseau, ce qui est viable pour débuter. Par contre nous sommes en train d’étudier la création d’un comité de sélection composé d’entités comme la FFRAAC (Fédération des Foires Rurales Agricoles et Artisanales de Corse) ou la CRESS Corsica (Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire de Corse). Le but d’un tel partenariat serait de bénéficier de l’expérience et de la crédibilité de ces acteurs. Pour certains une monnaie locale est un outil inespéré afin de faire vivre une cause qu’ils défendent depuis plus de trente ans.

Nous tenons avant tout à ce que Equì reste une démarche citoyenne et ascendante.

Nuvalinu : Le schéma régional pour le développement économique, l’innovation et l’internationalisation (SRDE2I), voté par l’Assemblée de Corse, fait du renforcement des circuits courts, et du développement de startups dans le domaine financier une des priorités pour la Corse. Avez-vous pu, ou pensez-vous pouvoir bénéficier du soutien des pouvoirs publics en Corse ?

Emmanuel Marti : C’est un pas énorme de franchi que d’avoir un tel document qui structure le développement économique de notre île pour les futures années. Pour le moment nous n’avons pas bénéficié d’aide publique et nous ne savons pas si nous franchirons le pas sur un thème aussi « politisable » que celui-ci. Nous tenons avant tout à ce que Equì reste une démarche citoyenne et ascendante.

Nuvalinu : Quels objectifs vous êtes vous fixés à court et moyen terme ? En d’autres termes, quelles sont les prochaines étapes du développement d’Equi en Corse ?

Emmanuel Marti : A court terme nous devrions terminer notre phase test sur le bassin ajaccien et nous déployer avant la fin du mois de juin sur d’autres microrégions, puis sur l’ensemble de la Corse. Nous seront présent sur certains événements comme « Festi’Monte » au village de Monte, près de Bastia où sur les prochaines foires de la FFRAAC comme à Luri et à Filitosa.

Nuvalinu : Pour finir, quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur désireux de créer sa startup en Corse ?

Emmanuel Marti : Aujourd’hui on confond souvent « jeune entreprise » et « startup », car c’est plus porteur de dire « startup ». En fait il existe très peu d’entreprises ayant un fort potentiel à lever des fonds rapidement, et ce n’est pas plus mal car souvent ce ne sont pas des sociétés pérennes. Mon conseil en découle : créez une société parce que vous pensez que vous allez changer quelque chose avec, pas parce que vous avez identifié un segment porteur pour gagner rapidement de l’argent et revendre la structure ensuite. Et seulement dans ce cas là votre société sera durable.


Pour en savoir plus

Site officiel d’Equì

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