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15/9/2019
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Interview de Marie-Dominique Cavalli, nouvelle présidente du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables de Corse

Nuvalinu : Le 12 décembre dernier, vous avez été élue présidente du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables de Corse. Pourriez-vous tout d’abord nous parler de votre parcours professionnel : comment êtes-vous devenu expert-comptable ? Quelles sont les étapes qui ont suivi ?

Marie-Dominique Cavalli : Après mon bac C, j’ai d’abord fait Sup de Co Marseille car je voulais être « entrepreneure » et « faire ma part » dans le développement de la Corse. Durant ces études j’ai découvert le métier d’expert-comptable par un intervenant à Sup de Co et la dimension déontologique et éthique de cette profession libérale m’a tout de suite séduite. Après le DESCF (actuel DSCG) j’ai fait ma 1ere année de stage à Marseille et les 2 autres à Ajaccio. J’ai profité de mon congé maternité pour préparer l’examen final. Le DEC en poche, en mai 1995, j’ai créé mon cabinet, à Bastia, pour être plus proche de mes parents. Dès le départ j’ai apporté ma participation dans les actions collectives et aux instances professionnelles : secrétaire puis présidente de l’association des experts-comptables de Corse, élue de 1998 à 2012 au CROEC de la région PACAC puis de 2012 à 2016 présidente déléguée du CROEC de Corse, présidente du Pôle formation et de l’association de formation des experts-comptables et commissaires aux comptes de Corse (AFECC). Dans le même temps, après avoir été rapporteure adjointe de Congrès national de l’Ordre de 2012, j’ai été et suis encore élue au Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, présidente de la commission marketing pour les cabinets. Enfin je suis co-présidente depuis 2 ans de l’AFECA, association des femmes experts-comptables et administrateurs. J’ai un cabinet de 7 personnes à Bastia et j’aime mon métier. Il demande des remises en question permanentes mais on ne s’ennuie pas !

Nuvalinu : Quel sont les principaux objectifs de votre mandature ?

Marie-Dominique Cavalli : Être utile à la collectivité. Œuvrer pour que l’institution que je représente soit toujours plus utile et soit bien ancrée dans notre région, pour favoriser le développement et l’épanouissement des experts-comptables dans leur rôle de conseil et leur mission d’intérêt général.

Au-delà des fonctions régaliennes habituelles de surveillance de la profession, trois axes d’actions se sont dégagés pour la nouvelle équipe :

  1. Accompagner les experts-comptables dans la transition numérique (formations, promotion de nouvelles missions, financement des investissements)
  2. Favoriser le développement des missions de conseil dans les cabinets
  3. Développer le capital humain au sein des cabinets (attractivité de la profession, intégration des nouvelles générations, management en ressources humaines, égalité professionnelle…)

Il faut poursuivre le travail accompli durant la précédente mandature, présidée par Antoine-Jean Giuseppi, en nous adaptant à l’actualité, également rechercher des simplifications (et pour cela il est créé une commission «simplification des procédures administratives») au sein du conseil, également préserver l’unité de la profession et son efficience dans ses prestations auprès des clients.

Nuvalinu : Quel regard portez-vous sur la situation des experts-comptables de l’île ? L’exercice de l’expertise comptable en Corse présente-t-il certaines spécificités ?

Marie-Dominique Cavalli : Les experts-comptables tiennent un rôle important dans l’accompagnement des entreprises et le développement économique et social de la Corse. Au-delà de la traditionnelle mission d’établissement des comptes annuels, ils sont des facilitateurs de nombreux actes de la vie de l’entreprise, de la création à la transmission, des conseils en matière fiscale et sociale. En Corse nous sommes passés en 4 ans de 90 à 130 professionnels et nous continuons à former des futurs consœurs et confrères. Tous les membres de l’ordre comme leurs collaborateurs et collaboratrices ont des normes de qualité à respecter et des heures à consacrer à leur formation continue. L’institution que je préside veille à cela. Depuis que nous avons créé le conseil régional de Corse, en 2012, l’AFECC, notre organisme de formation, a délivré plus de 350 heures de formations par an, correspondant chaque année à environ 6 000 heures-participants. Au niveau de la structure des cabinets, ce sont des cabinets de taille humaine, adaptés à un tissu de TPE PME et une approche-clients d’écoute et de proximité. Je pense que la relation de confiance est grande avec nos clients et nous en sommes souvent les conseillers privilégiés ; la clientèle n’est pas plus dure qu’ailleurs, ni moins légaliste. Dans l’exercice de notre métier, nous souffrons un peu de la longueur des temps de déplacement, en Corse même comme pour aller sur le continent. J’ai constaté également une bonne confraternité entre nous.

Nuvalinu : Plus globalement, quelle est votre analyse de la situation économique de la Corse ?

Marie-Dominique Cavalli : La situation économique n’est globalement pas très bonne, avec une très faible croissance et un taux de chômage important. Les marchés sont restreints, les coûts de transport sont élevés, il manque de la diversité dans les activités. L’activité touristique n’est pas assez étalée sur l’année, elle ne permet pas assez le maintien des savoir-faire en matière artisanale, le bâtiment souffre encore beaucoup, surtout en Haute-Corse. Cependant l’agroalimentaire s’en sort mieux. Il y a également quelques belles petites entreprises, des gens qui se battent et sont dynamiques et inventifs. Des efforts pour donner un souffle entrepreneurial aux jeunes sont accomplis à l’Université, comme dans d’autres organismes de formation de Corse, comme par exemple la Kedge Business School de Borgo. La transition numérique présente également des opportunités de réduction des handicaps de l’insularité, à condition que nous en mesurions l’ampleur et que nous ayons les moyens pour les investissements à réaliser dans ce domaine. Étant donné que nous sommes pour beaucoup des indépendants dans l’âme, je pense qu’il faut développer entre nous des coopérations, des échanges par profession, faire des mises en commun de moyens et d’idées.  Je vois également beaucoup de vertus à une économie de proximité, basée sur les circuits courts et la mise en valeur des produits et talents locaux, et la Corse a de nombreux atouts à jouer de ce côté-ci. J’ai espoir dans l’avenir.

Nuvalinu : La loi de finances 2017 vient justement de majorer de 20 à 30 % le taux du crédit d’impôt pour investissement en Corse. Que pensez-vous de cette mesure ? A votre avis, faut-il aller encore plus loin dans les mesures fiscales ou sociales spécifiques à la Corse ?

Marie-Dominique Cavalli : C’est une bonne mesure. Aider à l’investissement est fondamental pour permettre le développement des entreprises quand on sait que le niveau d’investissement est aujourd’hui en berne. Pour autant ce n’est pas suffisant et je pense qu’il faut aller plus loin. Je regrette que le crédit d’impôt à l’investissement soit réduit aux seules TPE (<11 salariés et de <2 millions de CA). Pour moi, de bonnes mesures fiscales et sociales, ce sont celles qui sont toujours accompagnées d’orientations fortes en matière sociétale, comme par exemple le recyclage des déchets en matière d’économie d’énergie. Plus largement, ce qui se rapporte aux besoins forts de la société. Cela permettra de responsabiliser aussi l’entreprise.

Le président de l’Assemblée de Corse a engagé un processus de réflexion pour un statut fiscal et social Corse qui permettra de s’inscrire dans la durée. C’est déjà en soi une initiative louable et nous y apporterons notre contribution par un travail collectif. Parmi quelques mesures intéressantes, je peux citer l’augmentation de la base et du taux des crédits d’impôt mécénat. Les mesures qui s’accompagnent de transferts de compétences nous mettent en état de responsabilité et nous poussent à une bonne gestion des fonds publics. Nous pourrions les accompagner de contrôles renforcés dans les finances des collectivités, par exemple par un processus de certification des comptes de collectivités. Les secteurs qui me semblent exiger les mesures les plus spécifiques sont ceux touchant au foncier, pour les professionnels comme pour les particuliers, et le transport, pour les marchandises comme pour les personnes. Par ailleurs, les mesures fiscales et sociales déjà existantes, y compris sur le territoire français, doivent être mieux connues et mieux appliquées comme les dispositions concernant les zones de revitalisation rurale et les zones urbaines sensibles, le dispositif Dutreil d’abattement sur les transmissions d’entreprises, le crédit d’impôt recherche et développement, pour ne citer que quelques exemples. Pour cela, le Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables œuvre pour apporter les compétences des experts-comptables et participe régulièrement et volontiers aux initiatives d’information des organismes publics, consulaires, territoriaux ou de l’État. Pour conclure sur cette dernière question, je dirai qu’il ne faut également favoriser la créativité et les initiatives, et que pour cela il y a également des progrès à faire en matière de simplification des formalités.

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