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28/5/2017
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Robert Menasse, de Communiti : « Les tout premiers résultats sont au-delà de nos espérances »

Créer une plateforme qui permette à la fois de partager les talents, les idées et les moyens, le tout au service du développement de la Corse, c’est l’ambition de Communiti, un projet innovant porté par 5 jeunes insulaires. Interview avec Robert MENASSE, un des fondateurs de Communiti.

Nuvalinu : Pouvez-vous nous rappeler le concept de Communiti ?

Robert MENASSE : Communiti est une plateforme internet regroupant différents services, comme par exemple :

  • un réseau professionnel de mise en relation (comme LinkedIn). Chacune des personnes du réseau pourra se créer des opportunités d’emplois. Notre but est à la fois d’aider des étudiants corses à trouver des stages à l’international, mais aussi de permettre à des corses vivant à l’étranger de rentrer travailler en Corse. Grâce à Communiti, il sera par exemple d’accéder aux projets en cours de développement sur la plate-forme et donc y postuler.
  • une veille informationnelle (comme Wikipédia, mais orienté business). Chacune des personnes du réseau sera capable d’écrire des articles ou d’organiser des conférences afin de communiquer sur son expérience, partager ses compétences. Nous avons pour ambition d’organiser grâce à cela des évènements tels que TEDx.
  • du financement participatif. Trois types de financement seront proposés : sur le court terme, nous proposerons un service de financement de type « dons » (comme Ulule ou KickStarter). Sur le moyen terme nous proposerons un service de financement de type contrat de prêts (comme Lendix), puis enfin un service de financement de type prise de participation (comme Wiseed). Notre but étant de créer des synergies entre les différents types de financement en les cumulant sur un même projet. Le type de financement dépend bien entendu du type de projet. Par exemple, le don sera plus approprié à un projet éducatif, alors que la prise de participation ou le contrat de prêt seront plus adaptés à une entreprise en développement.
  • des services d’« open innovation » orientés « innovation sociale ». En d’autres termes les membres auront accès à un laboratoire d’idées où ils pourront proposer des solutions aux challenges corses. Par exemple, pour l’année 2017 nous avons sélectionné 3 challenges, dont un relatif à la gestion de l’eau. Les membres de la communiti pourront se regrouper sous la forme d’équipe pluridisciplinaires composées de 5 personnes (étudiants, personnes actives, retraités, demandeurs d’emplois, etc.) afin de participer à des compétitions où il faudra proposer des solutions sur le thème récurrent de la gestion de l’eau. Cela n’existe nulle part, et nous serions apparemment les premiers au monde à mettre en place un système de la sorte pour une communauté.

« L’objectif sera […] de régler les problèmes auxquels la Corse fait face chaque année. »

À la fin de l’année les projets soumis passeront une première phase d’élimination. Le comité de pilotage de la communiti se chargera de n’en garder qu’un certain nombre. Enfin, les projets sélectionnés seront présentés à la communiti entière, qui pourra voter pour lancer leurs développements respectifs. Pour faire simple, cela fonctionne un peu comme « The Voice », sauf que l’objectif sera ici de régler les problèmes auxquels la Corse fait face chaque année.

Nuvalinu : Qui sont les fondateurs du projet ? Quel est leur profil ?

Robert MENASSE : Cinq jeunes corses sont à l’origine de Communiti :

  • Christophe BATTESTI,
  • Jean-Louis BEYNEL,
  • François CARDI,
  • Thomas DELLASANTINA,
  • Robert MENASSE

Quatre d’entre eux étaient camarades de classe au sein de la CPGE (Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles) du Lycée Laetitia Bonaparte à Ajaccio, et quatre d’entre eux ont intégré une école d’ingénieur ou une école de commerce. Trois d’entre eux ont travaillé à l’international, parcouru le monde et rencontré des personnes extraordinaires. Malgré cela, ils ont tous toujours eu le mal du pays. Certains sont rentrés, d’autres pas encore. C’est d’ailleurs ce qui donne ce côté « international » à l’équipe de communiti.

De gauche à droite et de haut en bas : Christophe BATTEST, François CARDI, Thomas DELLASANTINA, Robert MENASSE

De gauche à droite et de haut en bas : Christophe BATTESTI, François CARDI, Thomas DELLASANTINA, Robert MENASSE

« Nous rentrerons en mode projet si nous atteignons 4.000 membres avant le 31 décembre 2016. »

Nuvalinu : Avez-vous bénéficié de l’accompagnement de certaines structures spécialisées de la création d’entreprise en Corse : Inizia, Corsican Tech, etc. ? Avez-vous depuis mis en place des partenariats avec des acteurs, privés ou publics, du monde de l’entreprise en Corse ?

Robert MENASSE : Nous n’avons bénéficié d’aucun accompagnement pour l’instant. Premièrement car aujourd’hui Communiti n’est qu’une initiative et non pas un projet. Nous rentrerons en mode « projet » si nous atteignons 4.000 membres avant le 31 décembre 2016. Deuxièmement car nous sommes en ce moment même en train de définir réellement notre besoin. En effet, même si notre business model est déjà connu dans ses grandes lignes, nous sommes continuellement en train de le réajuster. Nous utilisons des techniques de développement de projets qui permettent de « dérisquer » le développement de Communiti. Nous avons fini la phase de « Design Thinking » (méthode de développement de projet et de gestion de l’innovation inventée par le cabinet IDEO) à 80% et nous entamons aujourd’hui une phase de « Lean Start-Up » (méthode de développement de startup théorisée par Eric Ries dans un ouvrage du même nom). Cette phase comprend trois grandes parties : Build – Measure – Learn.

Le site internet que nous proposons aujourd’hui est réalisé (phase « Build ») par Thomas DELLASANTINA et Robert MENASSE. Il permet de rentrer en contact direct avec les membres du réseau. Nous prenons en compte chacune des actions de ces membres sur le site (phase « Measure »), afin de comprendre leur besoin (phase « Learn ») puis de leur proposer un service nouveau chaque semaine. On pivote, on s’adapte !

Pour résumer nous sommes en train de tester l’initiative avant même de l’avoir développée ! Et nos premiers membres nous aident à construire le Communiti de demain ! Comme cela, nous sommes sûr de ne rien oublier et la plate-forme que nous développerons par la suite conviendra à la majorité des gens : elle aura été faite « sur mesure ».

« Nous commençons à avoir des partenaires forts dans l’initiative »

Enfin, si Communiti dépasse les 4000 membres, nous rentrerons en phase de développement réel. Il ne s’agira plus d’un test mais d’un développement réalisé en collaboration avec des experts de l’informatique et qui nous permettra de faire naitre Communiti. Malheureusement, si nous n’atteignons pas cet objectif, cela signifiera que Communiti n’a pas réussi à convaincre notre principal « client » (à savoir la société corse dans sa globalité). Nous arrêterons donc l’initiative et nous ne passerons pas en mode « projet réel ». Nous ne pourrions pas prendre le risque en tant que porteurs de projets, de construire un outil que notre client ne souhaite pas utiliser. Cela n’aurait aucun sens.

Nous commençons à avoir des partenaires forts dans l’initiative : certains sont des partenaires presse d’autres des partenaires technologiques, d’autres encore des incubateurs.

Par ailleurs, nous comptons déjà parmi nos membres 132 entreprises, 7 institutions publiques et 22 associations. Des écoles de commerce comme la Kedge Business School de Bastia, des institutions publiques comme la Direction régionale de la recherche et technologie, la M3E de la Communauté d’agglomération du pays ajaccien ou encore le FabLab de l’université de Corte. On peut aussi souligner le formidable travail réalisé par Madame Angélique Quilichini qui anime et dirige la Stratégie de spécialisation intelligente de la Collectivité territoriale de Corse  elle aussi membre de Communiti aujourd’hui, et qui nous aide à créer rassembler les agences et offices en ce moment.

Logo CommunitiLe but de ces partenariats reste bien entendu de faciliter la vie du porteur de projet. Grace à cela, le porteur n’aura plus qu’à poster son projet sur la plate-forme. Les partenaires auront alors accès en priorité au projet et tenterons de répondre en partie ou totalement à son besoin avant de le soumettre sur la plate-forme. Dans tout ce processus, le porteur de projets pourra sélectionner à qui il souhaite parler de son projet et se réservera le droit de refuser d’en parler à certains membres s’il pense que cela n’aboutirait à rien de positif.

Pour être partenaire, il faut obligatoirement être membre de la communiti.

Nuvalinu : Quel est le modèle économique du site ? Ou celui que vous visez ?  Recettes publicitaires ? Commissionnement ?

Robert MENASSE : Nous préférons ne pas détailler ces éléments pour l’instant. Mais comme vous l’avez compris, la majorité de nos recettes émaneront des transactions financières qui seront réalisées sur la plate-forme. Nous prendrons un pourcentage en fonction du service rendu.

Nuvalinu : Vous souhaitez faciliter le financement de projets en Corse (ou en lien avec l’île) en devenant une plateforme de crowdfunding. Il s’agit toutefois d’un secteur très réglementé: quel est le statut juridique de Communiti (actuel ou à venir) en la matière ? Quel type de crowdfunding souhaitez-vous mettre en place : dons, prises de participation, prêt ?

Robert MENASSE : Au moment où je vous parle la société est en cours de création, sous forme de Société par actions simplifiée (SAS).

Concernant la réglementation du crowdfunding, aucun statut particulier n’est requis pour réaliser des financements de type don et don avec contrepartie. Nous commencerons donc par ce type de crowdfunding très rapidement. Par la suite, il nous faudra obtenir le statut d’Intermédiaire en financement participatif (IFP) pour proposer des contrats de prêts. Sur ce point, nous sommes actuellement en phase d’étude. Enfin, pour pouvoir proposer un financement de type « prise de participation », nous devrons obtenir un agrément de la part de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

À terme, nous aimerions devenir une plate-forme de type Prestataire en services d’investissement (PSI). Cela requiert un capital de 125.000 € au moins. Nous prendrons le risque, si la Corse en a besoin.

Nuvalinu : Vous souhaitez également devenir une véritable « plateforme des compétences », en mettant en relation experts et porteurs de projets : ces conseils d’experts seront-ils ouverts à tout type de porteur de projet ? De telles prestations seront-elles payantes ?

Robert MENASSE : Avec plus de 1400 membres aujourd’hui nous sommes déjà une véritable plateforme de compétences ! Les membres présents sont répartis entre la Corse et l’international. Nous sommes à la fois un véritable vivier de ressources humaines, mais aussi un vivier d’experts pouvant donner des conseils aux porteurs de projet.

« Nous sommes déjà une véritable plateforme de compétences »

Concernant le coût des prestations, ainsi que nos honoraires, cela reste complètement libre. Dans le cas où l’expert souhaitera être rémunéré pour ses services, nous prendrons une commission sur le montant des prestations. Dans le cas où l’expert fera cela d’une manière bénévole, nous jouerons le jeu, et notre commission sera nulle !

Nuvalinu : Quels sont les premiers résultats qui se dessinent, et quelles ambitions nourrissez-vous à court, moyen et long terme ?

Robert MENASSE : Les tout premiers résultats sont au-delà de nos espérances. En effet, nous avons une validation de la part de nos trois grands cercles de client :

  • les personnes physiques de la société corse : des gens comme vous et moi s’inscrivent sur le site internet et partagent l’information. Ils sont engagés auprès de nous pour faire naître Communiti !
  • les personnes morales telles que les institutions publiques, les associations et les entreprises du privé font elles aussi partie de l’aventure aujourd’hui ! Certaines nous aident énormément et nous motivent !
  • les porteurs de projets, ce qui reste la plus belle validation aujourd’hui ! Nous avons déjà pratiquement 10 projets qui ont pris contact avec nous ! Malheureusement nous ne pouvons pas leur proposer tous les services, et le plus souvent il s’agit du financement. Mais nous espérons pouvoir les aider très prochainement. D’ailleurs déjà 2 projets sont consultables sur communiti aujourd’hui. Le premier propose des stages à l’étranger, le second a besoin d’investissement sous forme de prise de participation.

« Plus les corses répondront favorablement à notre initiative, plus nous développerons le projet rapidement. »

À très court terme nous souhaiterions dépasser 4000 membres. Cela nous permettra d’accélérer le processus de développement de notre projet. Par la suite nous aimerions proposer des services de financement de type dons courant février 2017, et contrat de prêts courant avril 2017.

Concernant le crowdfunding de type « prise de participation », il n’est pas possible pour le moment d’annoncer une date précise. Cela dépendra du contexte, mais nous sommes capables d’aller très vite. Plus les corses répondront favorablement à notre initiative, plus nous développerons le projet rapidement.

Nuvalinu : Plus globalement, quel regard portez-vous sur le tissu économique de la Corse ? Et particulièrement sur son univers « startup » ?

Robert MENASSE : Je pense que la Corse est rentrée dans une nouvelle ère depuis peu, la coopération en étant le maître mot. Nous l’avons vu par exemple au sein du consortium de la Corsica Marittima qui a donné naissance à la Corsica Linea par la suite. D’une manière générale, tout ce que nous pensions impossible à faire auparavant, semble être possible aujourd’hui.

Concernant l’univers « startup », il est beaucoup plus compliqué en Corse qu’ailleurs pour diverses raisons. Que ce soit la difficulté d’avoir accès à un bon réseau internet, de trouver du financement, ou même simplement du fait d’être en Corse,  certaines banques du continent refusant parfois de financer des projets situés sur l’île !

Nous manquons aussi beaucoup de ressources humaines de qualité permettant de lancer des start-ups ambitieuses. Nous devons souvent faire appel à des gens extérieurs à la Corse afin de palier à ce manque. Les entreprises aujourd’hui ont besoin de compétence opérationnelle plus que de diplômes, et préféreront donc embaucher quelqu’un avec une liste d’expériences professionnelles beaucoup plus complète, à niveau de formation moindre.

Nous avons aussi culturellement une peur de l’échec. Je recommanderais aux personnes qui souhaitent créer des start-ups d’oser. Après tout, qui peut dire que votre idée est bonne ou mauvaise si personne ne l’a testée auparavant ? Comme le dit si bien Eric Ries, « Une startup, c’est une institution humaine, faite pour créer un nouveau produit ou service dans des conditions extrêmes d’incertitudes ».

Alors n’hésitez pas à « pivoter ». Pour cela vous aurez continuellement besoin de vous remettre en question certes, mais toujours en avançant, faire face aux problèmes et tenter d’y trouver des solutions, même si parfois les choix seront difficiles. Le but ultime étant de trouver le produit répondant au mieux aux attentes de vos principaux clients.

« La Corse s’ouvre de plus en plus vers l’international »

Enfin, il me semble que la Corse s’ouvre de plus en plus vers l’international et je trouve cela très bon. Les jeunes partent beaucoup plus facilement, apprennent de nouvelles langues, se forment à de nouveaux concepts, se créent des opportunités puis reviennent plein d’ambition, avec de nouvelles idées à tester et développer en Corse. Cela jouera un rôle majeur dans l’univers des startups corses sur le moyen terme, c’est sûr ! De plus, il ne faut pas oublier qu’une start-up commence toujours par une bonne idée. Le fait de nous ouvrir vers l’international nous permettra d’élargir nos sources d’inspirations, d’informations et de connaissances sans perdre notre identité. Nous serons alors plus capables de trouver LA bonne idée.

Pour finir, je dirais donc aux jeunes d’aujourd’hui « Partez-vous former, pour mieux revenir, et puis vous verrez, après tout, l’international, c’est un peu grand … mais pas tant que ça 😉 ! »

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